REMNANT Revue

Femmes

Marcher à ses côtés dans le chagrin

Numéro d’origineThe Heartbeat of the Remnant · Printemps 2022 · Volume 26 · Numéro 1

Un jour, vous vous promenez peut-être le long du rivage. Vous vous retournez pour regarder vos empreintes disparaître sous la prochaine vague d’eau écumante. Vous aimez entendre le doux bruissement des vagues qui déferlent. Vous contemplez la courbe gracieuse du littoral et l’océan scintillant qui s’étend jusqu’à l’horizon. La vie est belle.

Soudain, une immense vague déferle et vous soulève. Vous luttez et battez des bras pour retrouver votre équilibre. Ou bien la vague vous emporte plus loin et vous projette contre une paroi rocheuse, vous laissant étourdi et haletant de douleur.

Cette vague pourrait s’appeler le chagrin, comme l’exprime la strophe suivante du chant de Mary A. Baker.

Maître, le cœur plein d’angoisse,
Je m’incline aujourd’hui dans mon chagrin ;
Les profondeurs de mon cœur affligé sont troublées ;
Oh, éveille-toi et sauve-moi, je t’en prie !
Les torrents du péché et de l’angoisse
Submergent mon âme qui sombre !
Et je péris ! Je péris, cher Maître ;
Oh, hâte-toi et prends les choses en main.

Au cours de l’année écoulée, beaucoup d’entre nous ont perdu des êtres chers. Il s’agissait peut-être d’un ami d’enfance, d’un membre de notre famille d’Église, ou même de notre famille proche. Selon la proximité de notre relation, nous avons ressenti quelques gouttes, des éclaboussures ou même des raz-de-marée de chagrin.

Notre chagrin découle de la relation que nous avions. Nous avons investi l’un dans la vie de l’autre, à des degrés divers. Nous avons aimé, mais maintenant cet amour n’a plus où se porter. On pourrait dire que le chagrin est le prix de l’amour.

Voici comment une veuve a décrit le chagrin : « À la mort soudaine et prématurée de mon mari, j’ai été submergée par le choc, l’incrédulité et même la panique, face à un avenir incertain sans lui, à l’âge de 51 ans. Avec le recul, je comprends combien Dieu est miséricordieux de nous laisser dans un certain état d’engourdissement et de choc à un moment pareil, et de permettre ainsi à la réalité de s’imposer plus lentement. »

Comment a-t-elle fait face ? Elle dit : « Je suis aussi émerveillée de voir comment Il donne la grâce et la force de traverser les épreuves de la vie que nous n’aurions jamais cru devoir affronter. Il marche avec nous dans la vallée du chagrin, si bien que nous ne marchons jamais seuls. Le chemin du deuil n’est pas le même pour tous. Il ne se termine pas en quelques mois. Pour moi, je pleurais encore un an plus tard. Il a fallu beaucoup de temps pour que la douleur s’atténue et que la vie retrouve un sens. Mais, loué soit Dieu, ce moment finit par arriver ! Mieux vaut ne pas regarder trop loin dans l’avenir. Nous avançons un jour à la fois avec Jésus, sachant que le meilleur est encore à venir. »

Voici d’autres témoignages de personnes qui sont passées par là :

  • « J’apprends encore que lorsque nous disons : “C’est bien, Seigneur”, nous devons nous en tenir là, aux pieds de Jésus. »
  • « Les personnes endeuillées se sentent très seules, mais il y a aussi une solitude qui vient du fait de ne pas avoir de place à laquelle appartenir. On peut être dans une pièce remplie de monde et se sentir tout de même complètement seul, parce qu’on a perdu le sentiment d’appartenir à un groupe, ou que sa place au sein de ce groupe a changé. »
  • « La présence d’une personne en deuil peut être douloureuse pour les autres. Elle leur rappelle que de “mauvaises” choses peuvent arriver. Alors, parfois, on ne l’invite pas, ce qui est douloureux. Une personne endeuillée souhaite être invitée, mais lorsqu’elle est incluse, il lui arrive de ressentir à nouveau qu’elle n’a pas sa place et de penser qu’elle aurait dû rester chez elle. La plupart du temps, les conversations légères peuvent lui être difficiles, alors que son monde a été violemment bouleversé. Son cœur est lourd tandis que les autres sont d’humeur insouciante, ce qui la rend encore plus accablée. Il est compréhensible que beaucoup ne sachent pas quoi faire lorsqu’ils voient quelqu’un en deuil ; ils finissent donc par ne rien faire et s’éloignent. Après un deuil, beaucoup d’amitiés se perdent, ce qui est encore plus douloureux. »
  • « Dieu était si proche. Il était toujours là. “Les bras éternels sont au-dessous”, et je les ai sentis. »

Dieu peut se servir de la tristesse et du chagrin pour nous enseigner ce que nous n’apprendrions peut-être pas dans les périodes plus heureuses. Nous apprenons à dépendre de Lui. Nous réfléchissons au sérieux de la vie. Nous apprenons à embrasser les valeurs éternelles et à attendre le ciel. Nous sommes poussés à chérir les êtres chers qui nous restent lorsque nous entendons des paroles comme celles-ci : « Avec le recul, j’aurais aimé ne pas avoir considéré comme acquis le temps que nous avons passé ensemble. J’aurais aimé reconnaître les traits de sa personnalité comme des qualités plutôt que comme des choses qui m’agaçaient. »

Ceux qui perdent des êtres chers se retrouvent souvent sous les feux des projecteurs pendant un certain temps. Beaucoup veulent savoir comment ils réagissent, surtout lorsque la mort survient dans des circonstances inhabituelles. Pensons à l’expérience d’Elizabeth Elliot et des quatre autres femmes devenues veuves en 1956 après que des tueurs dans la jungle équatorienne ont assassiné leurs maris. Ou à Marie Troyer, dont le mari John a été assassiné par des guérilleros au Guatemala en 1981, ou encore aux mères des filles tuées à Nickel Mines, en Pennsylvanie, en 2006.

Ces femmes se sont retrouvées sous les projecteurs d’une attention presque mondiale. C’est probablement au moment où elles le désiraient le moins qu’elles ont eu la plus grande occasion de manifester la grâce de Dieu qui les rend capables. Mais leurs réactions — le pardon, le désintéressement et la confiance en Dieu — ont émerveillé le monde, du moins compte tenu de l’ampleur de l’attention médiatique. En vérité, Une ville située sur une montagne ne peut être cachée –Matthieu 5:14.

Nous et ceux que nous connaissons ne serons probablement jamais exposés à ce point, mais nous avons, nous aussi, une occasion unique de manifester la grâce de Dieu. Nous n’aurons peut-être jamais de meilleure occasion de toucher des cœurs endurcis ou en quête de Dieu que dans notre propre heure de chagrin.

Apprendre que des personnes ont effectivement été attirées vers Dieu par la mort de notre être cher peut être une source de réconfort et de sens. Cette mort n’était pas une tragédie insensée ; elle devait servir à la gloire de Dieu. Autrement dit, Dieu ne gaspille pas nos chagrins.

Cela nous rappelle les paroles de Jésus au sujet de Lazare : …Cette maladie n’est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle –Jean 11:4. Jésus est notre parfait exemple dans la manière de nous comporter envers ceux qui sont dans la tristesse. Il est venu auprès de Marie et de Marthe et les a écoutées. Il a pleuré avec elles, bien qu’Il sût qu’Il pouvait, puis a effectivement transformé toute la situation en ressuscitant Lazare.

Comment pouvons-nous aider ?

Quel est notre rôle pour aider une sœur endeuillée à glorifier Dieu au milieu de sa situation ? Réfléchissons aux pensées exprimées par les veuves suivantes :

  • « Ce qui m’a aidée, c’est qu’une chère sœur s’est assise avec moi et m’a dit qu’elle se souciait de moi. Et dans son silence, je pouvais sentir que son amour était sincère. »
  • « Le chagrin est surprenant et inattendu. La personne peut passer une bonne journée, puis entendre une chanson, sentir une odeur particulière ou voir un vêtement familier, ce qui fait resurgir un souvenir, suivi d’un torrent de larmes. Si cela arrive quand vous êtes avec elle, ce n’est pas grave. Les larmes sont normales. Elles font du bien. Restez auprès d’elle et aidez-la à traverser ce moment. Soyez présent ; pleurez avec elle. Mieux vaut risquer d’en faire trop que de ne rien faire. Vous ne comprendrez peut-être pas. Ce n’est pas grave. Vous n’avez pas besoin d’avoir vécu une perte pour montrer que vous vous souciez d’elle. »
  • « Le chagrin est épuisant et affaiblit les facultés mentales. Alors, ne demandez pas seulement ce que vous pouvez faire ; cherchez plutôt un besoin qu’elle pourrait avoir et essayez d’y répondre. Par exemple : “J’aimerais passer mardi soir pour réparer votre robinet” ou “Nous aimerions venir apporter un repas, si vous vous en sentez capable.” »
  • « Une chose qui m’a beaucoup touchée, c’est lorsque des gens partageaient de bons souvenirs de notre être cher, ou des choses qu’ils appréciaient chez lui. Même aujourd’hui, presque dix-neuf ans plus tard, cela me réchauffe toujours le cœur. »
  • « Ce sont toutes les cartes qui arrivaient chaque jour pendant les deux premiers mois après la mort de mon mari. Je les attendais chaque jour, et le premier jour sans carte a été difficile. »
  • « Ce qui m’a vraiment aidée, c’est quand quelqu’un m’a dit de me concentrer sur mes bénédictions, qu’il priait pour moi et qu’il se souciait de moi. Ou quand on m’invitait à me joindre aux autres, même si cela déséquilibrait alors le nombre de personnes. Une autre chose qui m’a fait du bien, c’est lorsque des gens passaient prendre un café ou m’envoyaient un texto. »
  • « Les veuves ont besoin d’encouragement à la date de leur anniversaire de mariage et à la date du décès de leur mari. Cela compte beaucoup quand quelqu’un s’en souvient “vraiment” ! Un repas entre veuves, c’est agréable. Avoir une sœur amie secrète, aussi. Cela m’a aidée quand quelqu’un m’a écoutée et était là pour m’aider dans les tâches et avec les jeunes enfants. Surtout, je savais que des gens priaient pour nous. »

Que dire ?

Nous avons parfois du mal à savoir quoi dire à un ami endeuillé. Après tout, nous ne voulons pas ressembler à la femme de Job ou à ses amis, dont les paroles n’ont fait qu’accroître les souffrances de Job. Voici quelques points de vue :

  • « Ils n’ont pas besoin de nous dire que nous sommes seuls désormais. Nous le savons déjà. »
  • « Le chagrin peut vraiment ébranler la foi de quelqu’un en Dieu et le paralyser momentanément, surtout s’il n’a pas connu beaucoup de traumatismes auparavant. Même s’il aspire à faire confiance à Dieu et à accepter cette nouvelle réalité dans sa vie, il lui faut parfois du temps simplement pour sortir du choc et être capable de parler de nouveau à Dieu. Ce n’est pas grave. Il finira probablement par guérir et sa foi s’approfondira, mais laissez-lui l’espace nécessaire pour lutter, se débattre et vivre profondément son deuil. Écoutez-le et essayez de ne pas “réparer” sa foi avec des paroles comme : “Toutes choses concourent au bien…” ou “Au moins, tu…” »
  • « Demander à une personne endeuillée comment elle va peut la mettre dans une situation difficile. Le lui demander au milieu d’un groupe n’est peut-être pas le meilleur moment. Mieux vaut peut-être ne pas poser la question, à moins de vouloir vraiment savoir et d’être prêt à prendre le temps de l’écouter. »
  • « Il est difficile de penser rationnellement pendant ces premiers mois éprouvants. Je n’ai pas apprécié qu’on me demande, au cours de ces premiers mois, ce que j’allais faire comme travail. Je devais d’abord vivre mon deuil. J’essayais aussi d’aider mes jeunes filles, dévastées par la perte de leur papa bien-aimé. Cette décision pouvait attendre. »

Les extraits suivants révèlent d’autres difficultés liées au deuil :

  • « Chacun vit son deuil différemment ; il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de le vivre. Et il ne disparaît jamais, même si la vie de tous mes amis continue normalement, ce qui est très douloureux à voir. Les fêtes sont très difficiles. Assister à des mariages est presque impossible. C’est un monde fait pour les couples, et seule la grâce de Dieu rend cela possible. En fait, les semaines précédant les dates anniversaires sont plus difficiles que les jours mêmes. »
  • « J’ai très vite compris que nous vivons dans un monde très centré sur les couples. Lorsqu’on perd son conjoint, on se retrouve à essayer de comprendre quelle est sa place. J’apprécie profondément, lorsque je suis dans un groupe où se trouvent des veuves et des célibataires, que certaines personnes s’efforcent de me faire sentir incluse et de ne pas me laisser à part. »
  • « On ne peut pas fixer de limite de temps au chagrin. C’est différent pour chacun. On ne “s’en remet” pas au point que cela ne fasse plus mal. Si le deuil est bien vécu, la blessure est moins à vif et devient une cicatrice. C’est comme apprendre à vivre sans un bras ou une jambe. On s’adapte à leur absence, mais ils nous manquent toujours. »
  • « La mort d’un membre de la famille ou la perte d’un conjoint est plus difficile qu’on ne peut l’imaginer tant qu’on ne traverse pas soi-même la même épreuve. J’aurais aimé que nous ayons davantage de soutien de l’Église. Nos garçons ont besoin d’une figure paternelle à suivre, de quelqu’un qui leur enseigne ce qu’un père enseignerait. »
  • « Nos enfants font des erreurs comme les autres enfants ; ils ont besoin d’encouragement, pas de critiques. Ils auraient aussi besoin d’un coup de main pour leurs tâches. J’aurais aimé ne pas avoir à laisser si souvent mon plus jeune enfant seul quand j’allais travailler. Plus d’une fois, j’ai eu des sueurs froides en me demandant d’où viendrait l’argent pour payer les factures, mais je remercie le Seigneur, car il y en a toujours eu. »

Comment pouvons-nous penser à soutenir les personnes endeuillées au-delà des premiers jours et des premières semaines ? Nous pourrions noter dans nos calendriers les dates de leurs anniversaires, de leurs anniversaires de mariage et du décès de leur être cher. Puis nous pourrions choisir un jour précis de la semaine pour faire quelque chose pour elles. Si nous établissons un plan, nous sommes plus susceptibles de concrétiser nos bonnes intentions.

Enfin, nous devrions aussi nous souvenir des « veuves qui n’en sont pas ». Il y a parfois parmi nous des personnes dont la vie est ravagée par un chagrin plus douloureux que celui causé par une mort réelle. Peut-être ont-elles connu la trahison, l’abandon, l’incarcération ou le suicide au cours de leur vie. Elles peuvent presque envier la blessure nette de la veuve « ordinaire ». Ou bien elles peuvent lutter contre la culpabilité en plus de leur chagrin.

Ces situations se trouvent souvent bien au-delà de notre zone de confort. Il n’existe pas de réponse facile à la question de savoir comment y faire face. Mais ne restons pas à l’écart d’une telle sœur si nous en avons l’occasion. Dieu nous aidera à trouver une façon de lui montrer que nous nous soucions d’elle, si nous le Lui demandons.

Alors que nous-mêmes et ceux que nous aimons continuons à marcher avec Dieu, puissions-nous représenter la scène du dernier vers du chant mentionné plus tôt :

« Maître, la tempête est passée, les éléments reposent en paix ;
Le soleil terrestre se reflète dans le lac calme,
Et le ciel est dans mon cœur.
Demeure, ô bienheureux Rédempteur,
Ne me laisse plus seul ;
Et c’est avec joie que j’atteindrai le port béni,
Et me reposerai sur le rivage bienheureux. »

Concluons par les paroles d’une veuve :

« Marchez avec eux jusqu’à ce qu’ils puissent sortir de la grotte et sentir à nouveau la chaleur du soleil. Cela peut demander beaucoup d’efforts et parfois vous mettre dans des situations difficiles, mais pour eux, vous serez Jésus “en chair et en os”. Vous n’êtes pas responsable de leur guérison ; seul Jésus peut l’accomplir. Mais vous pouvez les conduire à Lui.

Souvenez-vous des amis qui ont amené le paralytique à Jésus en le descendant par le toit. Et voici, on lui amena un paralytique couché sur un lit ; Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Mon fils, prends courage, tes péchés te sont pardonnés… Jésus, connaissant leurs pensées, dit : Pourquoi avez-vous de mauvaises pensées dans vos cœurs ? Qu’est-ce qui est le plus facile, de dire : Tes péchés te sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi et marche ? Mais afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés, il dit alors au paralytique : Lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison. Et il se leva et s’en alla dans sa maison. Quand les foules virent cela, elles furent saisies d’admiration et glorifièrent Dieu, qui a donné un tel pouvoir aux hommes –Matthieu 9:2-8.

Quelle belle image ! De la même manière, vous pouvez porter à Jésus votre ami “paralysé” par le chagrin. Regardez-le guérir, porter le fardeau de son chagrin, puis avancer vers sa demeure céleste. Lorsque nous voyons Dieu agir dans son cœur, nous pouvons tous louer Dieu ensemble ! »

~Dans cet article, les passages entre guillemets ont été communiqués à l’auteure par plusieurs veuves anonymes.

Des rayons de soleil percent les nuages au-dessus d’un lac de montagne entouré de forêts
  • Des rayons de soleil percent les nuages au-dessus d’un lac de montagne entouré de forêts · Pexels.com

Référence de la revue

Marcher à ses côtés dans le chagrin. by Naomi Lapp Lakeville, OH. The Heartbeat of the Remnant, Printemps 2022 · Volume 26 · Numéro 1. Pages d’origine 20–23.

The Berean Voice

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