Si les richesses s’accroissent, n’y attachez pas votre cœur. Ps. 62:10.
Introduction
Il avait 87 ans et se sentait, comme il l’écrivit lui-même, « les yeux affaiblis, les mains tremblantes et les jambes chancelantes ». Pourtant, il avait encore un message à transmettre. Avec une véhémence qui semble même dépasser son ardeur habituelle, John Wesley mit son peuple en garde contre un grand danger : les richesses. Parti d’un petit groupe, son mouvement comptait désormais 135 000 membres et plus de 500 prédicateurs itinérants. Sa prédication contribua efficacement à transformer de façon notable le climat moral et éthique de l’Angleterre, au point qu’on lui attribue le mérite d’avoir sauvé l’Angleterre d’un bain de sang comme celui qui se produisit plus tard lors de la Révolution française. Mais un mal sinistre se tapissait parmi son peuple, et Wesley usa d’une partie de ses dernières forces pour appeler ce mal par son nom.
Puissions-nous, qui sommes bien des fois plus riches que les gens de l’époque de John Wesley, avoir des oreilles pour entendre.
(Notons que certains passages de l’anglais de Wesley ont été actualisés et que les sous-titres ne sont pas d’origine. La signature sous le titre est un fac-similé de sa propre signature.)
De cette déclaration explicite de notre Seigneur : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux », nous pouvons aisément conclure que nul ne peut posséder des richesses sans courir un grand danger à cause d’elles. Mais si le simple fait de les posséder comporte un si grand danger, combien plus grand est celui de les accroître ! Ce danger est grand même pour ceux qui reçoivent un héritage de leurs ancêtres ; mais il l’est bien davantage pour ceux qui les acquièrent par leur habileté et leur travail. Rien ne saurait donc être plus sage que cette mise en garde : « Si les richesses s’accroissent, n’y attachez pas votre cœur. » Ps. 62:10
Il est vrai que les richesses et leur accroissement sont des dons de Dieu. Il faut pourtant veiller avec grand soin à ce que ce qui est destiné à être une bénédiction ne se change pas en malédiction. Pour l’éviter, il est fort utile de réfléchir sérieusement aux points suivants :
- Ce qu’on entend par richesses, et à partir de quand on peut dire qu’elles s’accroissent.
- Ce que signifie y attacher notre cœur, et comment nous pouvons l’éviter.
Que signifie « richesses » ?
Considérons d’abord ce qu’on entend ici par richesses. Certains pourraient croire qu’il est presque impossible de se méprendre sur le sens de ce mot courant. Pourtant, en réalité, des milliers de personnes se trompent à ce sujet, et beaucoup d’entre elles en toute innocence. Il y a plusieurs années, un homme de renom, ayant entendu un sermon prêché sur ce sujet, s’écria à voix haute, entre surprise et indignation : « Pourquoi parle-t-il ici des richesses ? Il n’y a aucun riche à Whitehaven, sauf sir James L----r. »
Et il est vrai que lui seul possédait 40 000 £1 de revenu annuel et plusieurs millions en argent liquide. Mais on peut être riche sans avoir 100 £ de revenu annuel, ni même 1 000 £ en espèces. Quiconque a de quoi manger et se vêtir, avec un peu de surplus, est riche. Celui qui dispose des choses nécessaires et des commodités de la vie pour lui-même et sa famille, et qui a un peu de reste à donner à ceux qui en sont privés, est à juste titre un homme riche, à moins qu’il ne soit avare, amoureux de l’argent, et qu’il n’amasse ce qu’il peut et devrait donner aux pauvres. Car s’il en est ainsi, il reste un pauvre homme, même s’il possède des millions à la banque ; oui, il est le plus pauvre des hommes, car :
Les mendiants ne déplorent qu’un sort commun ;
Le riche pauvre, lui, est pauvre au plus haut point.
Gardez-vous de juger
Mais on peut faire ici une exception. Quelqu’un peut avoir davantage que le nécessaire et les commodités pour sa famille sans être riche. Il peut en effet être endetté, et ses dettes peuvent dépasser la valeur de ses biens. Dans ce cas, il n’est pas riche, quel que soit l’argent qu’il ait en main. Oui, un homme d’affaires peut craindre que telle soit réellement sa situation, qu’elle le soit ou non ; et alors il ne peut se montrer aussi généreux qu’il le voudrait, de peur d’agir injustement. Combien de personnes engagées dans le commerce se trouvent dans cette situation ! C’est particulièrement le cas de celles qui font de très grosses affaires : leurs comptes sont souvent si embrouillés qu’il est impossible de déterminer avec exactitude ce qu’elles valent, ou même si elles valent quelque chose ou rien du tout. Ne devrions-nous pas faire la part des choses en leur faveur ?
Et gardez-vous de porter un jugement hâtif sur la fortune d’autrui. La situation d’une personne peut comporter des secrets que peu de gens connaissent, hormis Dieu. Il y a quelques années, je dis à un gentilhomme : « Monsieur, je crains que vous ne soyez avare. »
Il me demanda : « Pourquoi le craignez-vous ? »
Je répondis : « Il y a un an, lorsque j’ai organisé une collecte pour les frais de réparation de la Fonderie, vous avez souscrit cinq guinées. Lors de la collecte de cette année, vous n’en avez souscrit qu’une demi. »
Il ne répondit rien ; mais, au bout d’un moment, il me demanda : « Je vous prie, monsieur, de répondre à une question : pourquoi vous nourrissez-vous de pommes de terre ? » (Je l’ai fait pendant trois ou quatre ans.)
Je répondis : « Cela a beaucoup contribué à ma santé. »
Il répondit : « Je le crois. Mais ne l’avez-vous pas fait aussi pour économiser de l’argent ? »
Je dis : « Si ; car ce que j’économise sur mes dépenses alimentaires permet de nourrir quelqu’un qui, autrement, n’aurait rien. »
« Mais, monsieur, dit-il, si c’est là votre motif, vous pouvez économiser bien davantage. Je connais un homme qui va au marché au début de chaque semaine. Il y achète pour un penny de panais, qu’il fait bouillir dans une grande quantité d’eau. Les panais lui servent de nourriture, et l’eau de boisson pour toute la semaine suivante. Ainsi, sa nourriture et sa boisson lui coûtent ensemble un penny par semaine. »
C’est ce qu’il faisait constamment, bien qu’il gagnât alors 200 £ par an,2 afin de rembourser les dettes qu’il avait contractées avant de connaître Dieu ! Et c’était cet homme que j’avais pris pour un avare !
Et vous ?
Mais il y en a qui savent devant Dieu qu’ils sont riches. Et, sans aucun doute, certains d’entre vous sont de ceux-là. Vous possédez davantage des biens de ce monde qu’il n’en faut pour vous-même ou pour votre famille. Que chacun y réfléchisse pour lui-même. Vos richesses s’accroissent-elles ? Ne comprenez-vous pas cette expression toute simple ? Avez-vous plus d’argent, ou davantage de biens ayant une valeur monétaire, qu’il y a 10 ou 20 ans, ou qu’à la même époque l’an dernier ? Si vous tenez des comptes, vous pouvez le savoir facilement. Vous devriez même le savoir ; sinon, vous n’êtes pas un bon intendant, même sous ce rapport, du mammon de l’injustice. Tout homme, qu’il exerce ou non une activité commerciale, devrait savoir si ses biens diminuent ou augmentent.
Mais beaucoup ont trouvé le moyen de ne jamais être riches, même si leurs biens augmentent considérablement. Le voici : à mesure que l’argent rentre, ils l’investissent, soit dans des terres, soit dans l’agrandissement de leur entreprise. De cette façon, chacun d’eux, en gardant peu d’argent liquide, peut toujours dire : « Je ne suis pas riche. » Il peut le dire même s’il possède 10, 20 ou 100 fois plus de biens qu’il y a quelques années.
Un cas récent l’illustre : il y a quelques années, un gentilhomme vint trouver un marchand de Londres et lui dit : « Monsieur, je vous prie de donner une guinée3 pour une famille digne d’intérêt qui est dans une grande détresse. »
Il répondit : « À vrai dire, monsieur M., je ne peux guère me permettre de vous la donner en ce moment ; mais si vous revenez me voir lorsque je posséderai 10 000 £, je vous donnerai alors dix guinées. »
Quelque temps plus tard, monsieur M. revint le trouver et dit : « Monsieur, je viens réclamer votre promesse ; vous possédez maintenant 10 000 £. »
Il répondit : « C’est tout à fait vrai ; mais je vous assure que je peux moins facilement me passer d’une guinée maintenant qu’alors. »
Un homme peut se tromper lui-même par ce stratagème ingénieux. Et il peut tromper les autres hommes ; car « tant que tu te fais du bien, les hommes parleront favorablement de toi ». « C’est un homme vraiment bien », dit le Londonien, « il possède un pactole » (100 000 £). Mais, hélas ! il ne peut tromper Dieu, ni le diable. Ah non ! La malédiction de Dieu pèse déjà sur toi et sur tout ce que tu possèdes. Et demain, lorsque le diable s’emparera de ton âme, ne te dira-t-il pas : « À quoi te servent toutes tes richesses ? » Pourront-elles t’acheter un oreiller pour ta tête dans le lac de feu brûlant de soufre ? Ou te procurer une coupe d’« eau pour te rafraîchir la langue », tandis que tu seras tourmenté dans cette flamme ? » Oh ! suis le sage conseil donné ici, afin que Dieu ne te dise pas : « Insensé ! »
Ces acrobaties de l’esprit ne serviront donc à rien. Elles ne te protégeront ni contre la colère de Dieu ni contre la malice et le pouvoir du diable. Tu es déjà convaincu d’« attacher ton cœur » à tes richesses si tu réinvestis tout ce que tu possèdes au-delà des commodités de la vie, en ajoutant de l’argent à l’argent, maison à maison ou champ à champ, sans donner aux pauvres au moins un dixième de tes revenus (la proportion prescrite aux Juifs). Par quelque moyen que tes richesses s’accroissent, avec ou sans travail, par le commerce, l’héritage ou toute autre voie, si tes aumônes n’augmentent pas dans la même proportion, si tu ne donnes pas un dixième entier de tes biens, de tes revenus fixes et occasionnels, tu attaches indubitablement ton cœur à ton or, et celui-ci « dévorera ta chair comme un feu » !4
La dureté de cœur de l’avarice
Mais, ô ! qui peut convaincre un riche qu’il attache son cœur à ses richesses ? Pendant bien plus d’un demi-siècle, j’ai parlé de ce sujet aussi clairement que possible. Mais avec si peu d’effet ! Je doute d’avoir convaincu de leur avarice cinquante personnes avares durant tout ce temps. Quand l’amoureux de l’argent était décrit avec la plus grande clarté et dépeint avec les couleurs les plus vives, qui s’est reconnu ? À qui Dieu et tous ceux qui le connaissaient ont-ils dit : « C’est toi, cet homme-là ! » Si Dieu parle à l’un de vous qui êtes ici présents, oh, ne vous bouchez pas les oreilles ! Dites plutôt, comme Zachée : « Voici, Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres ; et si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends quatre fois autant. » Il ne voulait pas dire qu’il l’avait fait par le passé, mais qu’il avait résolu de le faire désormais. Je t’adjure devant Dieu, toi qui aimes l’argent, d’« aller et de faire de même » !
J’ai un message de Dieu pour toi, ô riche ! Que tu veuilles l’entendre ou non. Tes richesses se sont accrues ; au péril de ton âme, « n’y attache pas ton cœur » ! Sois reconnaissant envers Celui qui t’a donné un tel talent, une si grande capacité de faire le bien. Pourtant, n’ose pas t’en réjouir, sinon avec crainte et tremblement ; « prends garde de ne pas t’y attacher, de peur d’être pris au piège et de périr ». N’en fais pas ton but, ta principale joie, ton bonheur, ton dieu ! Veille à ne placer ton bonheur ni dans l’argent ni dans ce qu’il permet d’acheter ; ni dans la satisfaction du désir de la chair, du désir des yeux ou de l’orgueil de la vie.
Mais entrons dans le détail, et que chacun de vous examine fidèlement son âme. Si l’un de vous possède aujourd’hui deux, trois ou quatre fois plus de biens qu’à l’époque où il m’a vu pour la première fois, qu’il s’examine avec fidélité et voie s’il n’attache pas son cœur, sinon directement à l’argent ou aux richesses elles-mêmes, du moins à certaines choses qu’on peut acheter avec elles ; ce qui revient au même. L’apôtre Jean désigne toutes ces choses par le terme général de monde ; et le désir de les posséder, ou la recherche du bonheur en elles, par l’expression « amour du monde ».
Définir « le monde »
Il le divise en trois éléments : « le désir de la chair, le désir des yeux et l’orgueil de la vie ». Examinez-vous honnêtement à leur sujet.
- Premièrement, le « désir de la chair ». Je crois qu’il désigne la recherche du bonheur dans les choses qui satisfont les sens. Prenons un exemple : ne cherchez-vous pas votre bonheur dans l’accroissement du plaisir de goûter ? Pour être plus précis : ne mangez-vous pas plus abondamment ou plus délicatement qu’il y a dix ou vingt ans ? Ne consommez-vous pas davantage de boissons, ou des boissons plus coûteuses qu’à l’époque ? Dormez-vous sur un lit aussi dur qu’autrefois, si votre santé le permet ? Mentionnons encore un point : jeûnez-vous aussi souvent maintenant que vous êtes riches que lorsque vous étiez pauvres ? Ne devriez-vous pas, en toute logique, jeûner plutôt plus souvent que moins souvent ? Je crains que votre propre cœur ne vous condamne. Vous n’avez pas la conscience tranquille sur ce point.
- Le deuxième élément de l’amour du monde, le « désir des yeux », est de plus vaste portée. On peut entendre par là la recherche du bonheur dans la satisfaction de l’imagination — ce qui se fait principalement par les yeux — au moyen d’objets imposants, nouveaux ou beaux (à moins qu’on ne puisse tous les ramener à une seule catégorie, puisque les objets imposants ou beaux cessent de plaire quand leur nouveauté a disparu). Mais les choses les plus creuses ne plaisent-elles pas tant qu’elles sont nouvelles ? Certains d’entre vous ne cherchent-ils pas, par amour de la nouveauté, une part non négligeable de leur bonheur dans la plus creuse des vanités : l’habillement ? N’y consacrez-vous pas plus d’argent — ou, ce qui revient au même, plus de temps ou de peine — qu’autrefois ? Je doute que ce soit pour plaire à Dieu. Cela plaît donc au diable. Si vous avez renoncé il y a quelques années à vos ornements superflus — manchettes, colliers, coiffes en toile d’araignée, bonnets laids et mal seyants,5 linge coûteux, dentelles onéreuses — n’y êtes-vous pas revenus, au mépris de la religion et de la raison ?6
Vous dites peut-être que vous pouvez maintenant vous permettre cette dépense. C’est le comble de l’absurdité. Qui vous a donné cet accroissement de fortune ou, pour parler correctement, qui vous l’a prêté ? Pour parler plus correctement encore, qui l’a placé pour un temps entre vos mains comme entre celles de ses intendants, en vous indiquant en même temps dans quel but il vous l’a confié ? Et pouvez-vous vous permettre de gaspiller les biens de votre Seigneur, dont vous devrez rendre compte jusqu’au dernier sou, ou de les dépenser autrement que de la façon qu’il a expressément prescrite ? Assez de ce refrain vil et diabolique ! Qu’il ne sorte plus jamais de vos lèvres. Ce refrain qui consiste à prétendre pouvoir se permettre de voler Dieu est précisément celui de l’enfer.
Ne savez-vous pas que Dieu vous a confié cet argent — tout ce qui dépasse ce qui est nécessaire pour subvenir aux besoins de vos familles — afin de nourrir les affamés, de vêtir ceux qui sont nus, de venir en aide à l’étranger, à la veuve et à l’orphelin, et, en vérité, dans la mesure de vos moyens, de soulager les besoins de toute l’humanité ? Comment pouvez-vous, comment osez-vous, frustrer votre Seigneur en l’employant à toute autre fin ? Lorsqu’il vous a confié peu, ne l’a-t-il pas fait afin que vous dépensiez ce peu tout entier à faire le bien ? Et lorsqu’il vous en a confié davantage, ne vous a-t-il pas confié cet argent supplémentaire afin que vous puissiez faire d’autant plus de bien que vous en aviez davantage les moyens ? Aviez-vous davantage le droit de gaspiller une livre, un shilling ou un penny qu’auparavant ? Vous n’avez donc pas davantage le droit de satisfaire le désir de la chair ou le désir des yeux maintenant que lorsque vous étiez mendiant. Oh non ! Ne faites pas un retour si ingrat à votre bienfaisant Seigneur ! Bien plutôt, plus il vous confie de biens, plus vous devez veiller à employer chaque sou comme il l’a prescrit.
Employer chaque sou comme les anges
Anges de Dieu, serviteurs du Seigneur qui accomplissez continuellement sa volonté : notre Seigneur commun vous a confié, à vous aussi, des talents bien plus précieux que l’or et l’argent, afin que vous serviez, dans vos diverses fonctions, les héritiers du salut. N’employez-vous pas chaque sou de ce que vous avez reçu à la fin pour laquelle il vous a été donné ? Et ne nous a-t-il pas prescrit de faire sa volonté sur terre comme vous la faites au ciel ? Frères, que faisons-nous ! Réveillons-nous ! Levons-nous ! Imitons ces serviteurs ardents ! Employons toute notre âme, notre corps et nos biens selon la volonté de notre Seigneur ! Rendons à Dieu ce qui est à Dieu : tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons !
La plupart de ceux qui attachent leur cœur aux richesses lorsqu’elles s’accroissent le font indirectement, comme dans certains des exemples que je viens de rapporter. Mais d’autres le font plus directement et sont véritablement « amoureux de l’argent ». Ils l’aiment pour lui-même, et pas seulement pour ce qu’il procure. Ce vice se rencontre très rarement chez les enfants ou les jeunes ; il se trouve seulement, ou principalement, chez les personnes âgées, chez celles qui ont le moins besoin d’argent et le moins de temps pour en jouir.
Cela ne pourrait-il pas nous amener à penser que, dans bien des cas, il s’agit d’un mal qui punit, d’un mal qui châtie le péché ; que lorsqu’un homme a enfoui pendant de nombreuses années son précieux talent dans la terre, Dieu le livre à Satan, afin que celui-ci le punisse par un amour démesuré de l’argent ? C’est alors qu’il est de plus en plus tourmenté par cette « exécrable faim de l’or », qui ne peut jamais être rassasiée. Non, ce qu’observe le païen lui-même est tout à fait vrai : « Comme l’argent, l’amour de l’argent grandit ; il s’accroît dans la même proportion. » Comme dans l’hydropisie : plus on boit, plus on a soif, jusqu’à ce que cette soif inextinguible vous précipite dans le feu qui ne s’éteindra jamais !
« Mais n’existe-t-il aucun moyen, demanderez-vous, de prévenir ou de guérir cette terrible maladie ? » Il existe une prévention qui est aussi un remède, et je crois qu’il n’y en a pas d’autre sous le ciel. La voici. Après avoir gagné — avec les précautions indiquées plus haut — tout ce que vous pouvez, et après avoir épargné tout ce que vous pouvez, sans manquer de rien, ne dépensez pas une livre, un shilling ni un penny pour satisfaire le désir de la chair, le désir des yeux ou l’orgueil de la vie ; ni, en vérité, dans aucun autre but que de plaire à Dieu et de le glorifier. Après avoir évité cet écueil à droite, prenez garde à celui qui se trouve à gauche. Deuxièmement : n’amassez rien. Ne vous constituez aucun trésor sur la terre, mais donnez tout ce que vous pouvez, c’est-à-dire tout ce que vous avez. Je défie tous les hommes sur terre, oui, tous les anges au ciel, de trouver un autre moyen d’extraire le poison des richesses.
Le dernier conseil de Wesley
Permettez-moi d’ajouter encore un mot. Après vous avoir servi pendant soixante à soixante-dix ans, les yeux affaiblis, les mains tremblantes et les jambes chancelantes, je vous donne encore un conseil avant de retourner à la poussière. Méditez ces paroles de saint Paul : « Ceux qui désirent » ou s’efforcent « de devenir riches », à cet instant même, « tombent dans la tentation ». Oui, dans un profond abîme de tentation, dont seule la toute-puissance peut les délivrer. « Ils tombent dans un piège » — le mot signifie proprement un piège d’acier, qui broie aussitôt l’animal qui s’y trouve pris en morceaux — « et dans divers désirs insensés et nuisibles, qui plongent les hommes dans la destruction et la perdition ». Vous, plus que tous les autres, qui prospérez aujourd’hui dans le monde, n’oubliez jamais ces paroles terribles ! Que votre chemin est incroyablement glissant ! Que chaque pas est dangereux ! Que le Seigneur Dieu vous permette de voir votre danger et vous en rende profondément conscients ! Oh, puissiez-vous « vous réveiller à sa ressemblance et en être rassasiés » !
Permettez-moi de m’approcher encore un peu plus. Peut-être ne vous importunerai-je plus sur ce sujet. J’ai le cœur serré pour vous qui êtes « riches dans ce monde ». Donnez-vous tout ce que vous pouvez ? Vous qui recevez 500 £ par an et n’en dépensez que 200, rendez-vous 300 £ à Dieu ? Sinon, vous volez certainement à Dieu ces 300 £. Vous qui recevez 200 £ et n’en dépensez que 100, donnez-vous les 100 £ à Dieu ? Sinon, vous le volez exactement de cette somme.
Excuses
« Mais ne puis-je pas faire ce que je veux de ce qui m’appartient ? » Voilà le fondement de votre erreur. Cela ne vous appartient pas. Cela ne pourrait vous appartenir que si vous étiez le Seigneur du ciel et de la terre.
« Quoi qu’il en soit, je dois pourvoir aux besoins de mes enfants. » Certainement. Mais comment ? En les rendant riches ? Alors vous en ferez probablement des païens, comme certains d’entre vous l’ont déjà fait.
« Que dois-je donc faire ? » Seigneur, parle à leur cœur, sinon le prédicateur parle en vain ! Laissez-leur de quoi vivre, non dans l’oisiveté et le luxe, mais grâce à un travail honnête. Et si vous n’avez pas d’enfants, selon quel principe biblique ou raisonnable pouvez-vous laisser derrière vous ne serait-ce qu’un sou de plus que ce qui servira à vous enterrer ? Je vous prie d’y réfléchir : en quoi ce que vous laissez derrière vous vous sera-t-il profitable ? Quelle différence cela fait-il que vous laissiez 10 000 £ ou 10 000 chaussures et bottes ?
Oh, ne laissez rien derrière vous ! Faites passer tout ce que vous possédez dans un monde meilleur avant vous ! Prêtez-le, prêtez-le tout au Seigneur, et il vous sera rendu ! Y a-t-il quelque risque que sa fidélité fasse défaut ? Elle est aussi ferme que les colonnes du ciel. Hâtez-vous, hâtez-vous, mes frères, hâtez-vous, de peur qu’on ne vous rappelle avant que vous ayez placé vos biens sous cette garantie ! Une fois cela fait, vous pourrez dire hardiment : « Maintenant, je n’ai plus qu’à mourir ! Père, je remets mon esprit entre tes mains ! Viens, Seigneur Jésus ! Viens bientôt ! » ~
1 £ est le symbole de la livre sterling. Il est assez difficile de comparer les valeurs monétaires à travers les siècles et les cultures. Mais, pour donner un ordre d’idée, un ouvrier ordinaire en Angleterre en 1780 pouvait gagner 2 à 3 £ par mois. Cela correspondrait à environ 300 à 400 $ par mois dans l’économie américaine d’aujourd’hui.
2 Comme indiqué dans la note précédente, le salaire moyen d’un ouvrier ordinaire à l’époque était probablement d’environ 30 £ par an.
3 Environ 1 £.
4 La mention par Wesley de la dîme ici peut donner l’impression qu’il encourage seulement à donner une dîme régulière. Mais remarquez que le contexte est celui du « réinvestissement ». Beaucoup pensent qu’ils devraient réinvestir leurs bénéfices afin d’en gagner davantage et, ainsi, d’avoir plus à donner par la suite. Wesley met en doute une telle « sagesse » et encourage à donner immédiatement aux pauvres un minimum de 10 %, plutôt que de le réinvestir. L’idée de réinvestir les bénéfices afin d’avoir plus à donner plus tard est lourde de tentations. Beaucoup semblent ne jamais aller au-delà du réinvestissement et, au lieu de donner davantage plus tard, réinvestissent encore… puis encore… puis encore. Et l’argent ne parvient jamais aux pauvres.
5 Sans aucun doute, Wesley parle d’un certain modèle de bonnet à la mode qu’il trouvait laid, et non des bonnets en général.
6 Dans ce message, Wesley n’en vient jamais à développer le troisième aspect, « l’orgueil de la vie ».



