Introduction
Être racheté signifie être délivré. On parle souvent de rédemption à propos d’un otage. Lorsque l’otage est libéré, on dit qu’il a été racheté, que cette rédemption ait eu lieu par le paiement d’une rançon en argent ou par la libération de l’otage par la force, grâce à quelqu’un de plus puissant.
Dans cet article, nous n’allons pas racheter une personne, mais plutôt une doctrine précieuse et une expérience chrétienne, des mains de ceux qui les ont prises en otage et les contraignent à dire et à faire des choses qu’elles n’étaient nullement destinées à dire et à faire. Nous parlons du baptême du Saint-Esprit et de son ravisseur, le pentecôtisme. La simple mention du baptême du Saint-Esprit rend certaines personnes nerveuses. Elles ont vu et entendu tant d’agitation et de pratiques non bibliques associées au Saint-Esprit qu’elles se méfient automatiquement dès qu’elles entendent l’expression « le baptême du Saint-Esprit ». Nous comprenons cette inquiétude et avons éprouvé nous aussi une certaine nervosité. Mais, en même temps, nous ne devons pas réagir en rejetant la doctrine ou l’expérience du baptême du Saint-Esprit. Nous devons simplement la sauver de ceux qui l’ont tellement déformée qu’elle en est à peine reconnaissable. Comme Abraham, qui se leva pour la circonstance et racheta son neveu Lot des mains d’Amraphel et de ses trois acolytes (Ge. 14), puissions-nous nous lever et sauver cette vérité et cette expérience précieuses de ceux qui les ont prises captives.
Dans les derniers numéros de The Heartbeat of the Remnant, nous nous sommes beaucoup intéressés au royaume de Dieu et à la négligence des enseignements du royaume dans l’« évangile » d’aujourd’hui. L’aspect du salut lié au royaume a été séparé du royaume lui-même, et l’on a fait un « évangile » de la mort de Jésus sur la croix pour nos péchés. C’est un faux évangile, car il néglige presque entièrement les enseignements de Jésus sur le royaume de Dieu. De la même manière, certains ont pris les enseignements bibliques sur le baptême du Saint-Esprit et les ont séparés des enseignements sur le royaume. En réaction, il est possible de rejeter tout simplement la doctrine et l’expérience du baptême du Saint-Esprit. Au lieu de réagir, nous voulons agir et sauver cet enseignement et cette expérience si déformés des perversions.
Que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur. Nous citerons abondamment les premiers anabaptistes dans cet article. Aucun autre groupe de l’époque de la Réforme ne parlait autant de l’œuvre et de la puissance du Saint-Esprit. Pilgram Marpeck, par exemple, semble mentionner le Saint-Esprit en moyenne environ une fois par page dans ses écrits. Pourtant, il n’était pas le moins du monde « pentecôtiste ». Nous utilisons ces citations, non parce qu’ils étaient anabaptistes et que nous cherchons à ressembler aux premiers anabaptistes, mais parce qu’elles reflètent une conception biblique de l’œuvre et de l’expérience du Saint-Esprit parmi le peuple de Dieu.
En 1527, aux tout premiers jours du renouveau anabaptiste, des anabaptistes dirent au conseil de Zurich : « [Les croyants sont ceux] qui sont morts à la volonté de la chair et marchent maintenant selon la volonté de l’Esprit, avec le fruit de l’Esprit. » Amen ! ~
Le problème et la promesse
Le problème est assez simple à définir : le péché. Lorsque l’homme désobéit à Dieu volontairement et en connaissance de cause, Dieu doit partir. Dieu et le péché ne peuvent coexister au même endroit.
Que devons-nous donc faire pour remédier à notre situation ? Par nature, nous naissons tous corrompus, c’est-à-dire avec un égocentrisme contraire à la nature de Dieu. Cet égocentrisme nous pousse à pécher, à accomplir des actes contraires à la volonté de Dieu. Mais au-delà de ces actes se trouve le problème de la nature humaine : la nature même de l’homme et celle de Dieu ne peuvent se mêler. Comment donc réconcilier l’homme et Dieu ?
Pour amener l’homme à voir son péché, Dieu donna à Moïse un ensemble de lois. Ces lois fournissaient un cadre élémentaire — mais incomplet — de ce que Dieu avait déclaré être la bonne manière de vivre pour l’homme. Pour ceux qui s’y conformaient, ces lois furent même appelées « la justice de Dieu ».
L’homme savait donc désormais — sous une forme provisoire — ce que Dieu attendait de lui. Le « pédagogue » fut donné pour lui enseigner ces choses. Mais un problème subsistait. Ces lois prévoyaient le pardon des péchés, mais pas le rétablissement de la vie de Dieu dans l’homme.
Autrement dit, la Loi mosaïque ne comportait aucune cérémonie ni aucun sacrifice dont le résultat final (une fois l’acte accompli) aurait été que l’Esprit de Dieu remplisse de nouveau le cœur humain. Il n’existait aucune cérémonie à l’issue de laquelle Dieu aurait dit : « Quand vous accomplirez cette cérémonie comme il faut, je répandrai de nouveau mon Esprit en vous. » Paul écrivit aux Galates :
La loi est-elle donc contre les promesses de Dieu ? Loin de là ! Car s’il avait été donné une loi qui puisse procurer la vie, alors la justice viendrait réellement de la loi.
Aucune loi, aucun sacrifice ni aucune cérémonie ne pouvait remplir un homme du Saint-Esprit. Telle était la faiblesse de la Loi mosaïque, et c’est pourquoi elle devait être remplacée par quelque chose de meilleur.
Dans l’Ancien Testament, seuls les prophètes et quelques autres personnes choisies sont présentés comme étant remplis de l’Esprit. Mais des promesses annonçaient le temps où l’Esprit de Dieu serait répandu sur chaque croyant. Examinons-en brièvement quelques-unes, dans l’ordre où elles apparaissent dans nos Bibles.
- Tu envoies ton esprit : ils sont créés, et tu renouvelles la face de la terre. Ps. 104:30 Le contexte de ce verset concerne les créatures de la mer. Mais nous voulons nous attarder sur la façon dont l’envoi de l’Esprit de Dieu « crée ». Le dernier Adam est appelé un « esprit vivifiant ». 1 Co. 15:45 Le mot « vivifiant » signifie donner ou communiquer la vie. Ce verset fait référence au fait que le Messie communiquerait la vie par son Esprit. Bien sûr, il ne le ferait pas aux poissons de la mer, mais aux hommes morts dans leurs offenses et leurs péchés. « Et vous, qui étiez morts… » Ep 2:1
- Lorsque le Seigneur aura lavé la souillure des filles de Sion et purifié Jérusalem du sang qui est au milieu d’elle, par l’esprit de justice et par l’esprit qui consume, le Seigneur créera sur toute l’étendue de la montagne de Sion et sur ses assemblées une nuée et une fumée pendant le jour, et l’éclat d’un feu flamboyant pendant la nuit ; car sur toute la gloire il y aura un abri. Is. 4:4-5 Ésaïe 4 contient des promesses pour le temps de l’Évangile. Nous y trouvons la purification « par l’esprit de justice… et qui consume ». Puis vient la promesse de consolation et de direction. Lorsque le Messie vint, Jean-Baptiste prophétisa que Jésus baptiserait « du Saint-Esprit et de feu », et Jésus lui-même promit d’envoyer son Esprit pour guider et consoler son peuple.
- Jusqu’à ce que l’Esprit soit répandu sur nous d’en haut, et que le désert devienne un verger, et que le verger soit considéré comme une forêt. Is. 32:15 Le contexte de ce verset est une effusion sur le peuple de Dieu, qui ferait passer de la stérilité et de la désolation à une vie féconde et abondante… lorsque « l’Esprit sera répandu sur nous d’en haut ».
- Ils y entreront, et ils en ôteront toutes les choses détestables et toutes les abominations. Je leur donnerai un même cœur, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de leur chair le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu’ils suivent mes ordonnances, qu’ils observent mes lois et les mettent en pratique ; ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu. Ez. 11:18-20 Le contexte est le rétablissement du peuple de Dieu. Nous y trouvons une promesse de purification, d’unité, d’un esprit nouveau et d’un cœur nouveau. Il s’agirait nécessairement d’une œuvre surnaturelle de Dieu, car un homme ne peut pas se donner un esprit nouveau. Le résultat final de ce changement d’esprit et de cœur serait que ceux qui le recevraient obéiraient à Dieu et seraient réconciliés avec lui.
- Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous suiviez mes ordonnances, que vous observiez mes lois et les mettiez en pratique. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères ; vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu. Ez. 36:26-28 Il est difficile de savoir où s’arrêter dans cette section des Écritures ! De si riches promesses ! Mais, pour que l’article reste court, nous ne citerons que ces deux versets. Nous voyons de nouveau la promesse d’un cœur nouveau, d’un cœur tendre. Nous voyons aussi Dieu pousser (amener) ceux qui reçoivent ces promesses à obéir. Et nous voyons encore la réconciliation de Dieu et de l’homme.
- Je mettrai mon esprit en vous, et vous vivrez ; je vous établirai dans votre pays, et vous saurez que moi, l’Éternel, j’ai parlé et agi, dit l’Éternel. Ez 37:14 Le contexte (que nous ne reproduirons pas ici faute de place) est une renaissance ou une résurrection d’un amas de vieux ossements desséchés. La puissante promesse est : « vous vivrez », et la force vivifiante (qui donne la vie) est « mon esprit ». Nous voyons encore l’Esprit de Dieu communiquer une vie nouvelle.
- Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, dans ces jours-là, je répandrai mon esprit. Joël 2:28-29 Ces versets sont les plus souvent cités à propos du baptême du Saint-Esprit. Le point essentiel réside dans les mots « toute chair ». Comme nous l’avons mentionné plus tôt, avant la venue du Messie, seuls quelques prophètes et autres personnes choisis recevaient l’Esprit de Dieu. Avec la venue du Messie, la possibilité d’être baptisé de cet Esprit fut ouverte à « tous » ; même des esclaves de basse condition pouvaient le recevoir.
- Il me répondit et me dit : Voici la parole de l’Éternel à Zorobabel : Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais par mon esprit, dit l’Éternel des armées. Za. 4:6 La promesse liée à ce verset s’inscrit dans le contexte de deux oliviers qui, comme nous l’apprenons plus tard dans l’Apocalypse, étaient directement reliés aux lampes. Autrement dit, les lampes étaient directement alimentées par les oliviers, avec une réserve d’huile inépuisable provenant directement de la source. C’était, pour ainsi dire, la source d’énergie du chandelier. L’« énergie » venait de Dieu et non des capacités et des efforts de l’homme.
Ces déclarations prophétiques nous donnent un aperçu de l’action et de la puissance de l’Esprit de Dieu. La Loi parlait aussi de l’Esprit par des ombres, et notamment par l’« huile d’onction ». Pour la présente étude, cependant, nous laisserons de côté ces figures (faute de place) et passerons directement au temps promis de l’effusion.
Saint-Esprit et feu
Jean ne pouvait pas être plus clair. Lui baptisait d’eau, mais Jésus baptiserait ses convertis avec quelque chose de plus puissant que l’eau : le Saint-Esprit et le feu. Je suis certain que ceux qui entendirent ces paroles en furent perplexes. Baptisés de feu ?
Cela se produisit le jour de la Pentecôte. Des langues de feu visibles se posèrent sur les premiers bénéficiaires des promesses mentionnées plus haut. Mais quelque chose de plus profond que les flammes visibles se produisit. Un feu d’amour divin fut allumé en eux, consumant leur ancien égocentrisme. L’eau ne peut laver que la saleté extérieure ; le feu purifie les éléments eux-mêmes. Lavez une cuillère en argent dans l’eau, et les morceaux de nourriture s’en détachent. Jetez cette même cuillère dans le feu, et les impuretés sont extraites de l’argent. De la même façon, lorsqu’un homme recevait le baptême de Jean, ses péchés pouvaient lui être remis. Mais baptisez ce même homme du Saint-Esprit, et ses péchés seraient brûlés dans son cœur.
En disant qu’il baptiserait de feu, Jésus employait l’image de la purification intérieure que l’Esprit de Dieu accomplirait dans l’homme. Bien sûr, lors de la toute première effusion, une flamme visible fut également aperçue, mais elle n’était que le signe ou le symbole de la flamme invisible allumée dans l’esprit de l’homme. Ces flammes visibles n’étaient pas nécessaires à la purification intérieure et, très, très rarement (si jamais cela s’est produit)1, on en a revu depuis la première effusion.
Une seconde naissance
Mais le Messie ne parla pas seulement du fait d’être baptisé du Saint-Esprit ; il parla aussi de naître de l’Esprit. Lorsqu’un éminent Juif vint le voir de nuit pour se renseigner sur lui, Jésus se mit à parler de la naissance de l’Esprit. Il dit à Nicodème que, si l’on ne naissait de nouveau, on ne pouvait entrer dans son royaume. Devant la perplexité manifeste de Nicodème, Jésus expliqua que l’esprit de l’homme devait naître de l’Esprit de Dieu. Autrement dit, une rénovation intérieure devait avoir lieu avant qu’un homme puisse entrer dans le royaume. Jésus expliqua également que, bien qu’on ne puisse pas voir l’Esprit lui-même, on pouvait en voir les résultats… comme on voit le vent souffler. Cet enseignement n’était pas une simple parabole ; la nouvelle naissance était une véritable expérience de naissance spirituelle, invisible mais tout aussi réelle qu’une naissance physique.
Jésus passa ensuite directement à la vie éternelle. Il faut se rappeler que le nom Jéhovah ne se trouve pas dans le Nouveau Testament. Pourtant, il y est bel et bien… car Jéhovah signifie « existant de toute éternité ». Lorsque Jésus parlait de donner la vie éternelle, il parlait de donner Jéhovah lui-même, celui qui « vit éternellement ». Quiconque croirait en Jésus recevrait gratuitement cette Vie éternelle.
C’est ici que beaucoup de théologies modernes passent à côté de l’essentiel. Trop souvent, les gens lisent les paroles de Jésus comme s’il disait : « Afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais ait le pardon. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais ait le pardon. »
Ce n’est pas le cas ! Jésus est venu « afin qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ! » Jn. 10:10 (Remarquez encore que le verset ne dit pas le pardon.) Le pardon est nécessaire et fait partie de l’Évangile, mais nous devons nous rappeler que le fait d’être pardonné et celui de recevoir la Vie éternelle ne sont pas synonymes : recevoir la Vie éternelle va bien au-delà du simple pardon. Et cette vie est l’Esprit de Dieu, Jéhovah lui-même, qui vient demeurer dans le cœur de l’homme. La Loi mosaïque ne prévoyait rien de tel. On pouvait obtenir le pardon sous la Loi, mais pas le rétablissement de la vie de Dieu dans l’esprit humain. Quelle différence ! Dieu et l’homme sont tellement réconciliés que Dieu vient réellement habiter dans l’esprit de l’homme et s’unit à lui de nouveau !
C’est bien cela !
Et alors, cela se produisit. Jésus leur avait dit de rester à Jérusalem jusqu’à ce qu’une puissance surnaturelle soit répandue sur eux. Ils attendirent en priant. Soudain, ce « vent » souffla, et les promesses du Père — que nous avons examinées plus tôt dans cet article — s’accomplirent. Les cœurs de pierre furent ôtés et remplacés par des cœurs nouveaux et tendres. Un amour surnaturel fut répandu dans leurs cœurs. Il y avait de la douceur et un cœur brisé, mais aussi une grande hardiesse. C’était la Vie éternelle ! C’était une résurrection spirituelle ! C’était une renaissance de leur être intérieur, quelque chose qu’ils n’auraient jamais pu produire par leurs propres forces. C’était la grâce de Dieu !
Et, bien sûr, à cette occasion, des dons particuliers furent également accordés, notamment la capacité de parler dans des langues qu’ils n’avaient jamais connues auparavant. Ils ne pouvaient s’empêcher de parler des « merveilles de Dieu ». À cette occasion, des flammes visibles se posèrent aussi au-dessus de leurs têtes. Mais ces dons, les flammes visibles et les sons retentissants étaient en quelque sorte secondaires. Il se produisait ici quelque chose qui ne s’était jamais produit dans l’histoire de l’humanité. Un royaume était en train de se former, un royaume où le Roi gouvernait de l’intérieur et non de l’extérieur. La Vie éternelle était répandue en eux ; Jéhovah siégeait de nouveau sur son trône dans le cœur de l’homme.
La scène était probablement très émouvante, mais les émotions étaient elles aussi secondaires. Bien des choses différentes peuvent émouvoir les gens. Les émotions de ce jour-là n’étaient « ni importantes ni décisives ». Mais il semble que les éclats émotionnels et les paroles prononcées dans des langues étrangères aient donné l’impression qu’ils venaient de faire une grande fête où avaient coulé trop de whisky et de vin.
Pierre, qui quelques jours auparavant avait vivement nié connaître Jésus, était maintenant rendu capable de se tenir hardiment devant une foule et de proclamer : « C’est ce dont le prophète Joël a parlé ! » Lorsque la foule demanda ce qu’elle devait faire, Pierre lui indiqua les étapes simples à suivre : se repentir de sa désobéissance, être baptisé au nom de Jésus (être « baptisé au nom de Jésus-Christ » impliquait de se soumettre entièrement à lui comme Roi de sa vie)… et elle aussi pourrait connaître le baptême — la renaissance spirituelle — du Saint-Esprit.
Les fruits de cette expérience
À partir d’Actes 2:41, juste après la fin du sermon de Pierre en ce grand jour, relevons une liste des conséquences de ce baptême de l’Esprit : des personnes ajoutées au royaume du Christ, la persévérance dans la pure doctrine, la communion quotidienne, la prière, l’unité, la crainte de Dieu, des guérisons, le partage désintéressé des biens matériels (la liberté à l’égard du matérialisme), la joie, le contentement, la hardiesse pour le Christ…
Paul, qui n’avait pas pris part à l’effusion initiale de l’Esprit, dressa plus tard la liste des fruits visibles dans la vie de celui qui le reçoit : « Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi ; la loi n’est pas contre ces choses. » Ga. 5:22-23
Remarquons que tous les fruits mentionnés dans cette liste concernent des qualités de caractère, quelque chose qui se produit dans l’esprit de l’homme. Avant de poursuivre, je tiens à dire qu’il est tout à fait erroné d’affirmer que « seul l’intérieur compte ». Les personnes nées de nouveau spirituellement ne sont pas des schizophrènes spirituels qui mènent une double vie, dont l’intérieur ne correspond pas à l’extérieur. Mais, d’un autre côté, il est possible de faire ce qui est juste avec un esprit ou une attitude mauvais. Par exemple, une personne peut donner tous ses biens pour nourrir les pauvres, mais le faire parce qu’elle veut recevoir des éloges des hommes. Ou parce qu’elle veut se sentir bien. Elle peut donc faire ce qu’il faut, mais avec un mauvais esprit. Lorsqu’un homme naît de nouveau de l’Esprit, il commence à faire ce qui est juste avec la bonne motivation.
Des banjos pour Jésus ?
Examinons, mais très brièvement, ce qui se passe aujourd’hui en bien des endroits. Un groupe de personnes se rassemble. La musique commence, le rythme s’accélère, les corps se balancent en mesure, une phrase répétée retentit (même une phrase très pieuse), et bientôt les émotions bouillonnent avec ferveur. Quelqu’un tombe par terre et se met à rouler d’un côté puis de l’autre, en criant quelque chose. Cette personne est peut-être adultère et mariée à quelqu’un dont le conjoint d’un mariage précédent est toujours vivant. Elle est peut-être membre d’un escadron de bombardiers de l’armée de l’air ou, qui sait, acteur à Hollywood. Ses bijoux brillent pendant qu’elle roule. Tandis qu’elle roule d’un côté puis de l’autre en criant, le pasteur annoncera peut-être : « Regardez, ce sont les banjos de Dieu ! »2
Au bout d’un moment, les émotions retombent. La musique s’arrête. Tout le monde rentre chez soi, y compris les « banjos », qui retournent à leur vie d’adultère ou à leurs bombardements d’enfants innocents. Le « pasteur » — oserions-nous employer ce terme pour de faux prophètes ? — supplie tout le monde de « donner de l’argent au Seigneur ». Il leur dit que Dieu voulait que ses enfants vivent comme des rois, puisqu’ils sont rois et prêtres. Voilà pourquoi il conduit une Cadillac et habite une maison qui vaut un demi-million de dollars. Si vous le souhaitez, il vous imposera les mains et vous aussi pourrez faire l’expérience d’être « baptisé du Saint-Esprit » et devenir un banjo pour Jésus.
Les réactions aux banjos
Pour les disciples sérieux de Jésus, la scène décrite plus haut est presque écœurante.3 En réaction, nous pouvons facilement en arriver à ne même plus vouloir entendre parler du baptême du Saint-Esprit. Mais, chers frères ! Ne laissons pas les faux prophètes nous dérober une vérité et une expérience précieuses. Il existe un authentique baptême du Saint-Esprit, une véritable renaissance de l’esprit humain, que Jésus nous a dit devoir connaître pour entrer dans son royaume. Et nous devons garder à l’esprit que le royaume est le but, et non l’expérience. Naître de nouveau par l’Esprit est un moyen d’atteindre un but, et non une fin en soi.
L’expérience authentique
Pour examiner l’expérience authentique de la nouvelle naissance par l’Esprit, nous allons maintenant lire quelques citations des premiers anabaptistes. En les citant, nous ne prétendons pas que les premiers anabaptistes étaient un peuple parfait qui comprenait et expérimentait l’Esprit parfaitement. Mais nous constatons que leur enseignement et leur pratique correspondent étroitement à l’enseignement et à l’expérience bibliques. Nous commencerons par Dirk Philips, qui a collaboré avec Menno Simons.
C’est pourquoi le Christ dit aussi que celui « qui croit en moi » a la vie éternelle. Jn. 3:16; 11:25 Pourquoi ? Parce qu’il a reçu une puissance divine, oui, une puissance vivifiante de vie éternelle — une vie créée dans son cœur, qui le pénètre, le purifie et le renouvelle profondément, puis le pousse, le conduit et le ramène à son origine, à savoir la vie divine éternelle elle-même.
Ainsi, si quelqu’un qui croit de cette manière en Jésus-Christ a reçu une telle puissance vivante de Dieu et la ressent dans tout son être, il est un véritable chrétien croyant et confesse le Christ selon l’Esprit, car il est un seul esprit avec lui. Jn. 3:18; 1 Co. 6:17. Il comprend aussi réellement ce qu’est la chair du Christ, car il est lui-même chair de la chair du Christ et os de ses os. Ep. 5:30 En outre, dans l’Esprit et par la vraie foi, il a mangé la chair du Christ et bu son sang. Jn. 6:54 Par là, il s’est uni au Christ dans une nature commune. Cette connaissance4 de Dieu et du Christ est la vie éternelle. Jn. 17:3
Mais tout ce que quelqu’un peut dire sur Jésus-Christ sans cette puissance intérieure de Dieu, sans cette illumination du Saint-Esprit, et sans cette communion et cette communication de la semence divine du caractère et de la nature de Jésus-Christ, n’est que bavardage inutile et ressemble au discours d’un aveugle qui, selon le proverbe, dispute et débat de couleurs qu’il n’a ni vues ni ne peut voir. C’est pourquoi nous souhaitons que quiconque se dit chrétien soit fidèlement exhorté à apprendre ainsi à connaître Jésus-Christ, à croire en lui et à le recevoir, afin que Jésus-Christ, au dernier jour, le confesse devant Dieu son Père et devant les anges élus comme son frère, sa sœur et sa mère, et le reçoive dans son royaume éternel. Mt. 12:505
Menno Simons exprime la même idée en des termes quelque peu différents :
La régénération… est un changement intérieur qui, par la puissance de Dieu et par la foi, transforme l’homme du mal au bien, de la charnalité à la spiritualité, de l’injustice à la justice, d’Adam au Christ ; elle ne peut en aucun cas se produire chez les nourrissons. Les régénérés vivent par la puissance de la vie nouvelle ; ils crucifient la chair avec ses mauvais désirs ; ils se dépouillent du vieil Adam et de ses œuvres ; ils évitent toute apparence du mal ; ils sont instruits, gouvernés et influencés par le Saint-Esprit. Ro. 1:17.
Voilà la véritable régénération et ses fruits, dont parlent les Écritures. Elle vient par la foi en la parole de Dieu, sans laquelle nul, une fois parvenu à l’âge de comprendre, ne peut être sauvé ; comme le dit le Christ : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu », Jn. 3:3. Oui, tout cela est vain, quand bien même quelqu’un aurait été baptisé par Pierre, Paul ou le Christ lui-même, s’il n’a pas été baptisé d’en haut du Saint-Esprit et de feu. Mt. 3:11 Comme le dit Paul : « En Jésus-Christ, ni la circoncision ni l’incirconcision n’ont de valeur, mais la nouvelle créature », Ga. 5:6; 2 Co. 5:17. Tous ceux qui sont ainsi nés de Dieu, transformés et renouvelés dans l’homme intérieur, et transférés d’Adam au Christ, sont prêts à obéir à la parole du Seigneur et à dire avec le saint Paul : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Ils renoncent à eux-mêmes de tout leur esprit et de tout leur cœur ; ils se soumettent à la parole et aux ordonnances du Seigneur, sans déplaisir ni opposition ; ils reçoivent le baptême conformément au commandement du Seigneur, Mt. 28:19. Ils deviennent et se manifestent comme des sarments féconds du Christ, le vrai Cep, et des cohéritiers dans l’Église du Seigneur, Jean 15:5. Ils reçoivent le pardon de leurs péchés et le don du Saint-Esprit.6
À propos de 1 Pierre 3:21, Menno avait ceci à dire :
Pierre nous enseigne ici comment le baptême intérieur nous sauve, celui par lequel l’homme intérieur est lavé, et non le baptême extérieur, par lequel la chair est lavée ; car seul ce baptême intérieur, comme nous l’avons déjà dit, a de la valeur aux yeux de Dieu, tandis que le baptême extérieur ne vient qu’en témoignage d’une obéissance qui procède de la foi. Si le baptême extérieur pouvait sauver sans le lavage intérieur, toutes les Écritures qui parlent de l’homme nouveau seraient vaines. Le royaume des cieux serait lié à l’eau élémentaire ; le sang du Christ aurait été versé en vain, et aucune personne baptisée ne pourrait être perdue. Non, non ! Le baptême extérieur ne sert à rien tant que nous ne sommes pas renouvelés intérieurement, régénérés et baptisés par Dieu, du feu céleste et du Saint-Esprit.7
Peter Riedemann, parfois appelé « le second fondateur des huttérites », rédigea une longue explication de ses croyances alors qu’il était en prison. Pour savoir si la transformation de l’homme est l’œuvre de l’homme ou celle de Dieu, Peter l’expliqua ainsi :
Même si une personne parle avec la langue des anges, (1 Corinthians 13:1) si Dieu ne parle pas par elle, elle ne parle pas la Parole de Dieu, (Jeremiah 23:21) car Dieu est la Parole. (John 1:1) Mais lorsque Dieu parle par une personne et veut bâtir son temple en elle, il commence par en retrancher ce qui est grossier et sauvage et ne convient pas à sa maison. Il le fait par la prédication de la repentance. (Luke 3:1-14 Mark 1:1-8 Matthew 3:1-12) Lorsque certains reçoivent la Parole et se repentent, Dieu les place sur le fondement du Christ, (1 Corinthians 3:11) à condition qu’ils meurent au péché et deviennent semblables à lui dans la mort. Ils seront alors vivifiés par la foi et rétablis dans une vie nouvelle, (Romans 6:1-4) ce qui ne s’accomplit pas par la puissance humaine (Zechariah 4:6 Deuteronomy 8:1-3), mais par la grâce et l’œuvre de Dieu. (Ephesians 2:1-10). Puisque cela ne s’accomplit pas par l’effort humain, mais par l’action de Dieu, (1 Corinthians: 15:20-28), Paul nous exhorte ainsi : « Livrez vos membres à Dieu comme des instruments de sa justice, afin qu’ils soient saints. » (Romans: 6:19) Si Dieu doit accomplir quelque chose de bon en une personne, celle-ci doit se soumettre à Dieu. (Proverbs 1:22-31) Sinon, le bien ne peut s’accomplir en elle. De même qu’une personne ne peut faire aucun bien par elle-même, Dieu ne veut rien accomplir en elle à moins qu’elle ne se donne de tout son cœur comme instrument de Dieu. Alors la volonté de cette personne, dans son abandon, s’entrelace avec la volonté divine, de sorte que la volonté divine et la volonté humaine ne font plus qu’une. Dès lors, Dieu désire, choisit et accomplit tout en cette personne. Celle-ci se laisse devenir l’instrument de Dieu (John 15:4-5) et peut ainsi dire avec le bien-aimé apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. » (Galatians 2:20) Voilà comment Dieu agit dans les gens. En revanche, si une personne retient quelque chose, choisit pour elle-même ou veut ou entreprend quelque chose de son propre chef et non avec Dieu, l’œuvre de Dieu est entravée et ne peut progresser. Une telle personne demeure inapte à cette construction et ne lui conviendra pas. Dieu agit dans la personne qui s’abandonne, et Dieu manifeste sa puissance (Deuteronomy 8:1-4) dans le renouvellement de cette personne. (Titus 3:1-7) Par cette œuvre, Dieu rend la personne capable de participer à la nature et au caractère de son Fils (1 Corinthians 2:9-10), (2 Peter 1:3-8) et même, en partie, à sa puissance illimitée. C’est ce que nous lisons dans ces paroles : « Tout est possible à celui qui croit. » (Mark 9:23)8
La preuve est dans le résultat
Comment savoir si l’esprit qui vient sur nous est réellement l’Esprit de Dieu ? C’est là que le pentecôtisme s’est trompé dès le premier jour. Quelqu’un a décidé que la preuve du baptême du Saint-Esprit était le parler en langues ; si celui qui recevait le baptême ne parlait pas en langues, il n’était pas baptisé du Saint-Esprit. Malheureusement, ils ne semblaient pas comprendre que la Bible est très claire : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. » Mt. 7:16 Remarquez qu’il n’est pas dit : « à leurs dons ». Ni « à leurs émotions ». Ni « à leur zèle ».
Aucune de ces trois choses n’est mauvaise en soi, et elles sont toutes souhaitables. Pourtant, le pentecôtisme tel que nous le connaissons aujourd’hui s’est bâti sur la fausse prémisse qu’une personne n’a pas été baptisée du Saint-Esprit à moins de parler en langues pour le prouver.
Il ne fait guère de doute que la première effusion de l’Esprit mentionnée dans les Actes fut une expérience émotionnelle. Des larmes de joie coulaient probablement abondamment. De grands cris de victoire ont peut-être retenti dans la rue. Pourtant, les chrétiens ne se reconnaissent pas à leurs émotions. Tout comme le pentecôtisme s’est fondé sur une fausse prémisse, certains ont voulu affirmer que si l’on ne vit pas une expérience extrêmement émotionnelle, on n’a pas été baptisé de l’Esprit. Nos tempéraments émotionnels sont très divers, et nous devons faire preuve d’une extrême prudence avant d’essayer de faire réagir émotionnellement les autres comme nous. Cela dit, il semble étrange de penser qu’on puisse être pardonné, libéré de l’emprise du péché, rempli de joie, voir l’amour se répandre dans son cœur… tout cela sans qu’aucune émotion ne naisse en nous.
Il est probable que les hommes et les femmes réunis dans la chambre haute étaient zélés (par nature) pour Dieu. Mais les dons, les émotions et le zèle sont tous secondaires. J’ai vu des personnes vivre une expérience émotionnelle sans connaître le baptême du Saint-Esprit. J’ai aussi vu des personnes extrêmement zélées pour Dieu, qui n’ont pas non plus connu la renaissance de l’Esprit. Cela se manifeste généralement dans leur attitude, car beaucoup sont zélés pour les vérités bibliques, pratiquent les ordonnances correctes et ont abandonné les péchés grossiers de la chair, comme la boisson, les jurons et la fornication. Beaucoup pratiquent même une tenue vestimentaire modeste, le port du voile et ont peut-être adopté les doctrines de la non-résistance et du renoncement à l’accumulation des richesses. Mais les chrétiens ne se reconnaissent pas à leur zèle religieux.
Les zélotes échouent souvent dans les péchés de l’esprit, dans leurs attitudes. D’autres peuvent essayer de leur parler de l’esprit qui les anime, mais ils sont tout simplement incapables de le voir… ils n’ont pas en eux l’Esprit du Christ qui leur permettrait de « voir le royaume de Dieu ». Tout ce qu’ils voient, c’est qu’ils se sont extérieurement conformés à nombre des enseignements de Jésus — et c’est merveilleux qu’ils l’aient fait !
Mais le Saint-Esprit accomplit à l’intérieur une œuvre de transformation qui ne peut être imitée ni produite par la chair. Un grand enthousiasme pousse les zélotes à aller de l’avant, et ils croient à tort être poussés par l’Esprit de Dieu, alors qu’ils ne le sont que par leur zèle religieux. Je le répète : rien de mal à avoir un grand zèle pour Dieu. Mais, pour le dire simplement, grand zèle et Saint-Esprit ne sont pas synonymes. Pilgram Marpeck, un anabaptiste du sud de l’Allemagne, l’expliqua ainsi :
Ah, mes frères, avec quelle diligence et quelle prudence nous devons veiller à ne pas prendre notre propre impulsion pour celle du Saint-Esprit, ni notre propre voie pour la voie et la marche du Christ…
J’ai constaté cela en moi-même, ainsi qu’à la lecture des récits des écrits bibliques : la piété naturelle hait le mal et se passionne pour le bien… [les zélotes non convertis] sont submergés par cela et poussés par le zèle, et s’y consacrent avec beaucoup d’efforts.
Ce n’est donc pas la contrainte du Saint-Esprit du Christ, et cela ne fait pas d’eux des enfants [de Dieu]… Aujourd’hui encore… beaucoup agissent par zèle pour le bien, sans savoir ni soupçonner autre chose que d’être poussés par le Saint-Esprit…
J’écris tout cela afin que chacun puisse bien discerner ce qui le pousse, de quelle source cela découle et de quelle source vient son élan. Les serviteurs ne le savent pas. Les amis ou les enfants, eux, savent ce que fait leur Seigneur et pourquoi la contrainte du Saint-Esprit est en eux.9
Participants de la nature divine
Thomas von Imbroich était un Frère suisse des débuts du mouvement anabaptiste. Bien qu’il ait été martyrisé à la fin de la vingtaine, il prêcha et contribua à fonder plusieurs assemblées le long du Rhin. Emprisonné, il écrivit un exposé de sa foi largement utilisé. Voici ce qu’il dit au sujet des preuves d’une renaissance par le Saint-Esprit :
Par ces paroles [Jn. 3:6-8], le Christ indique que la personne régénérée devient spirituelle et naît de l’Esprit avec une nature spirituelle, comme le dit Pierre. (2 Pe. 1; Ro. 8; Acts 17; Jn. 14) « Vous pouvez échapper à la corruption qui existe dans le monde par la convoitise et devenir participants de la nature divine. » Chacun peut ainsi savoir s’il est né de l’Esprit : il suffit de voir s’il porte les caractéristiques de l’Esprit, tout comme celui qui naît de la chair porte les caractéristiques de la chair — chacun dans sa sphère (Jn. 3; 1 Co. 15). Les oiseaux ont leur nature propre, de même les animaux sauvages, et de même les humains. Chacun est disposé selon ce dont il est né. La personne née de l’Esprit a donc une disposition spirituelle (Ro. 8), comme le dit Paul : « Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. »10
Ceux qui sont ainsi nés de cette semence spirituelle d’Abraham produiront des fruits spirituels, c’est-à-dire toutes sortes de bonté, de justice et de vérité : ils obéissent à leur Père, gardent ses commandements et suivent ses préceptes (Ep. 5; Jn. 10, 14, 15; Is. 55) ; ils abandonnent une vie impie (Ro. 12) et ne se conforment pas au monde ; ils recherchent les choses d’en haut, où est le Christ, et non celles qui sont sur la terre ; ils font mourir et crucifient leur chair pécheresse (Co. 3) ; ils suivent les traces de Jésus (leur prédécesseur) dans le chagrin, la misère et la persécution, et lui obéissent jusqu’à la mort (Ga. 3; 1 Pe. 2; He. 11). Nous disons donc que ceux qui sont ainsi conduits par l’Esprit de Dieu sont les descendants spirituels d’Abraham et les enfants de Dieu (Ro. 4, 8).
Ainsi, toutes les Écritures citées ci-dessus attestent que nul n’est né de Dieu s’il n’a une telle foi et n’a reçu le Saint-Esprit comme garantie de notre héritage (Ep. 1).11
La grâce !
Vous avez probablement entendu les définitions habituelles de la grâce. Hans Betz, un des premiers anabaptistes, qui écrivit plusieurs des chants constituant le cœur de l’Ausbund original,12 définissait la grâce en termes simples. Dans le chant numéro 88, il écrit :
La grâce de Dieu est le Saint-Esprit, que l’on appelle aussi le Consolateur…
Si le Saint-Esprit vous conduit, de sorte que vous ne cédiez pas au péché, Dieu vous a fait naître de nouveau, en Jésus-Christ, son Fils.
Je suis certain que Hans ne voulait pas dire que la grâce et le Saint-Esprit sont toujours synonymes. Pourtant, je vous mets au défi de parcourir le Nouveau Testament en remplaçant par « le Saint-Esprit » chaque occurrence du mot « grâce ». Par exemple : « Car c’est par le Saint-Esprit que vous êtes sauvés, par la foi… » Ep. 2:8 Le Saint-Esprit nous sauve au sens véritable du salut, qui consiste à délivrer ou à sauver. En étant remplis du Saint-Esprit, nous recevons la puissance de vaincre le moi, la chair, le monde et même le diable lui-même. Voilà la grâce, un véritable don gratuit ! Ac. 2:38; 10:45
« Car vous n’êtes pas sous la loi, mais sous le Saint-Esprit… » Ro. 6:14 Si nous nous rappelons que la faiblesse de la Loi était qu’elle ne prévoyait pas la réconciliation spirituelle avec Dieu, nous pouvons comprendre combien la Nouvelle Alliance est supérieure à l’ancienne. Désormais, le croyant peut vivre sous la puissance du Saint-Esprit ! Sous l’Esprit, mais au-dessus de la Loi !
Comment recevoir l’Esprit
L’un des plus grands combats de l’Église primitive fut celui qu’elle mena contre les Juifs qui ne comprenaient pas que la Loi mosaïque ne devait pas être imposée aux croyants des nations. Appelés judaïsants, ils estimaient qu’il fallait observer la Loi même après son accomplissement. Pour combattre cette idée, Paul posa aux Galates une question qui donne à réfléchir : « Avez-vous reçu le baptême du Saint-Esprit parce que vous avez observé la Loi à la perfection, ou parce que vous avez cru en Jésus ? » Ga. 3:2
Bien sûr, ils savaient tous que le don gratuit de l’Esprit leur avait été accordé parce qu’ils avaient cru en Jésus comme Prophète, Prêtre et Roi promis ; la Loi ne prévoyait aucun moyen d’être rempli de l’Esprit. Paul poursuivit alors par une question semblable : « Celui qui vous a conduits à recevoir l’Esprit l’a-t-il fait en prêchant l’obéissance aux lois cérémonielles, ou en prêchant la foi en Jésus ? » Là encore, ils savaient que c’était grâce à Jésus, et non grâce à l’observance des lois cérémonielles.
Mourir pour vivre
Hans Betz, l’auteur d’hymnes mentionné plus haut, écrivit ceci dans l’un de ses chants :
Comprenez ce qui se passe : lorsque survient la mort, quand l’homme renonce à sa chair, alors l’homme reçoit de Jésus-Christ le baptême qui donne la vie. Jean nous dit qu’on l’appelle feu et esprit ; lui seul sanctifie et purifie, et rend possible la communion avec Dieu.
Quiconque reçoit ce baptême est planté dans la mort du Christ ; tous ses désirs étant ainsi crucifiés, il naît de nouveau. Cette naissance a eu lieu en Jésus-Christ, par l’eau et l’esprit.13
Le secret pour recevoir le « baptême qui donne la vie » du Saint-Esprit, c’est de mourir : mourir à notre propre volonté, en ayant foi que Jésus nous conduira sur le bon chemin. Cette « formule » — si nous osons même l’appeler ainsi — était fondamentale chez les premiers anabaptistes ; nous pourrions probablement remplir ce magazine de leurs citations sur le sujet. Ils employaient le mot allemand gelassenheit pour la décrire : le fait de « lâcher prise » sur notre propre volonté et de la remettre entre les mains de Dieu. C’est mourir à la volonté de contrôler notre vie ; nous nous soumettons simplement par obéissance à tout ce que Dieu a dit par le Christ. Si vous croyez en quelqu’un, vous ferez ce qu’il dit.
C’est également renoncer au matérialisme, à la célébrité et à la recherche des plaisirs ordinaires. Jésus, à qui nous soumettons notre volonté, nous a dit que si un homme ne « renonce pas à tout ce qu’il possède », il ne peut être son disciple.
La pénurie à notre époque
Ce mot « tout » est la clé pour comprendre le manque de puissance véritable du Saint-Esprit dans nos Églises aujourd’hui. Le matérialisme sévit, à tel point que si quelqu’un suggère seulement que Jésus voulait vraiment dire — je veux dire vraiment — qu’il fallait renoncer à la richesse, il risque de se faire tirer les oreilles… même dans les Églises anabaptistes conservatrices. Suggérer que « tout » signifie que les jeunes (et les plus âgés aussi) doivent renoncer aux sports et à la recherche des plaisirs peut valoir à quelqu’un d’être traité de « légaliste ». Suggérer que « tout » signifie vraiment « tout », que « renoncer » signifie vraiment « renoncer » et que « ne peut pas » signifie « impossible », semble vous classer parmi les « fanatiques ».
Mais Jésus voulait réellement dire ce qu’il disait. Il est impossible d’être son disciple sans renoncer à tout. Nous pouvons nous mettre à observer avec zèle certains enseignements bibliques, sans jamais vraiment mourir à nous-mêmes. Nous pouvons trouver la théologie parfaite et l’exposer avec la plus grande clarté, sans jamais mourir avec le Christ. Nous pouvons aller jusqu’aux extrémités de la terre, prêcher aux tribus non atteintes dans des lieux reculés et renoncer au confort de la vie moderne… sans jamais avoir renoncé à tout. Renoncer à tout, c’est la croix que nous devons prendre, le prix dont nous devons mesurer le coût avant de devenir disciple.
Leonhard Schiemer était un Autrichien converti à l’anabaptisme. Il ne vécut que neuf mois comme anabaptiste avant son martyre, mais réussit à en convertir environ 200 autres pendant cette courte période. En prison, il écrivit plusieurs traités et une lettre à l’assemblée où il avait été ordonné ancien. Dans cette lettre, il écrit ce qui suit au sujet du fait de prendre sa croix :
« Celui qui veut être mon disciple, dit le Christ, doit me suivre. » Ailleurs, il dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Pierre dit : « Celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché. »
La première lumière a été notre pédagogue jusqu’à ce que vienne l’autre — le Christ, qui est la lumière du monde. Lorsque son Esprit entre en moi, je ne suis plus sous le pédagogue, mais sous la grâce. Alors la loi des œuvres, du péché, de la mort et des membres cesse, et commence la loi de l’Esprit, de la foi, de la vie et du cœur. Mais cet Esprit n’est donné à personne avant qu’il ne se soumette d’abord à la croix et au châtiment du Seigneur.
Entrer dans le royaume de Dieu
Dirk Philips écrivit un long traité intitulé « La nouvelle naissance et la nouvelle créature ». Il en donna la conclusion suivante, si bien formulée que nous l’utilisons pour conclure cet article :
Je dis en conclusion que les enfants de Dieu nés de nouveau et les nouvelles créatures en Jésus-Christ sont ceux qui sont nés de nouveau de Dieu le Père céleste par Jésus-Christ, qui ont été renouvelés et sanctifiés par le Saint-Esprit et sont devenus participants de la nature divine, de l’être de Jésus-Christ et du caractère du Saint-Esprit.
Ce sont ceux qui sont morts au péché et meurent encore chaque jour de plus en plus, et qui font l’expérience de la justice ; ceux qui ne se glorifient jamais en eux-mêmes, mais seulement dans la croix du Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour eux et eux pour le monde ; ceux qui, dans la vraie foi, marchent selon la règle du Christ et suivent ses traces, qui ne connaissent personne selon la chair ; ceux qui n’ont pas le goût des choses humaines, mais des choses divines.
En résumé, ils sont justes et pratiquent la justice, tout comme Dieu, de qui ils sont nés, est juste ; ils ont les dispositions du Christ Jésus et sont animés par le Saint-Esprit.
Là où cela se produit, on voit le royaume de Dieu, on entre dans le royaume des cieux ; là se trouve une nouvelle créature en Jésus-Christ. ~
- Il existe des témoignages de personnes ayant vu des choses semblables, mais je ne prends pas position sur la question de savoir si cela s’est réellement reproduit. Rien n’empêche Dieu de faire apparaître de nouveau des flammes visibles lorsqu’une personne est baptisée de l’Esprit, et je « mettrais Dieu dans une boîte » si je disais qu’il ne le fera plus jamais. Mais la question de savoir si Dieu a de nouveau fait apparaître des flammes visibles est secondaire.
- J’ai entendu cette expression exacte, croyez-le ou non.
- Le dégoût ressemble à la colère : c’est une émotion que nous ne voulons pas laisser gouverner nos attitudes.
- Le sens du mot connaissance ici dépasse la simple connaissance intellectuelle ; il s’agit de « le connaître personnellement ».
- Cornelius J. Dyck, William E. Keeney, and Alvin J. Beachy, éd., The Writings of Dirk Philips, (Herald Press, 1992), 149–50.
- Menno Simons, Complete Works of Menno Simon (Pathway Publishers, 1995), 27.
- Ibid., 28.
- Peter Riedemann and John J. Friesen, Peter Riedemann’s Hutterite Confession of Faith (Herald Press, 1999), 178-9.
- William Klassen and Walter Klaassen, éd., The Writings of Pilgram Marpeck, nouvelle édition (Wipf & Stock Pub, 2000), 511–2.
- Leonard Gross, Golden Apples in Silver Bowls (Lancaster Mennonite Historical Society, 1999), 77–78.
- Ibid., 98.
- L’Ausbund est un recueil de cantiques anabaptiste en allemand, toujours utilisé par les Amish de l’Ancien Ordre.
- Ausbund, chant 108.


